ENTRÉE DU PERSONNEL : la viande 100% pure peur

ENTRÉE DU PERSONNEL – De la viande 100% pure peur

Par OLIVIER SÉGURET
Implacable docu sur le quotidien des employés des abattoirs.

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« … enquêter sur le personnel des abattoirs en France au XXIe siècle. C’est a priori le seul programme du documentaire de Manuela Frésil, et il n’est même pas fondé sur l’idée préalable de défendre la cause des animaux ou d’épouser celle des végétariens. Ce qui intéresse la cinéaste, ce sont les gens qui travaillent là, ceux qui étripent les poulets, égorgent les cochons, abattent les vaches, désossent le tout.

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Protégés. Parce qu’elle a dû composer avec les contraintes, notamment les difficultés d’accès aux espaces les mieux protégés, Manuela Frésil trouve d’élégantes solutions de montage et de mise en scène, même si le terme peut paraître inadéquat pour un documentaire, lui permettant de parfaitement approfondir son sujet : ces hommes et femmes qui accomplissent chaque jour une tâche que beaucoup d’entre nous placeraient au sommet des métiers que l’on ne souhaite pas faire. Une cinquantaine de ces ouvriers et ouvrières témoignent hors-champ dans une langue dont ils partagent les codes. Parfois, ils reproduisent à l’image, hors du contexte de l’abattoir, les gestes auxquels ils procèdent dans leur travail, créant ainsi une forme de ballet spontané, émouvant et cruel.
Le fruit de cette méthode est une sorte de film cerveau, avec deux hémisphères fonctionnant de manière à la fois conjointe et autonome : un pour les images avec leurs sons réels, un autre pour les mots, exprimés par les témoins.
Si le sujet central reste humain, il apparaît très vite que l’objet documenté par Entrée du personnel, l’abattoir, se situe au croisement des problématiques les plus aiguës et contemporaines sur le travail, l’identité sociale, la crise économique, l’écologie et la durabilité de nos modèles de consommation. Mais le film s’élève et nous porte aussi vers des altitudes cosmiques et universelles : si les abattoirs et la vie de leurs ouvriers sont si bien tenus à l’écart de nos paysages, occultés à la connaissance civile, privés de toute forme de représentation et même de reconnaissance, c’est parce que nous refusons d’accepter l’idée que dans notre monde, et avec notre complicité, cohabitent les tueries industrielles et les concertos de Mozart.
Dérèglement. Au fil du film, on comprend aussi que ces métiers de l’abattage rendent littéralement malades leurs employés et que, très fréquemment, ils souffrent de maux situés «là où on coupe les bêtes», preuve supplémentaire, s’il en fallait, du dérèglement contre-nature au prix duquel une telle industrie peut exister. «La nuit, je rêvais de la chaîne, rapporte un témoin, mais c’est plus les cochons qu’étaient pendus, c’était les êtres humains. C’est la viande qui fait ça.» Dans un tel contexte d’effondrement éthique, la question végétarienne est presque secondaire. L’alternative n’est pas entre cesser ou non de manger des bêtes, mais de savoir si l’on continue, collectivement (mais aussi chacun de nous citoyennement), de permettre que se développent de tels enfers professionnels. La question qui nous prend à la gorge est : comment sortir ces gens de là ?
La force tragique du film de Manuela Frésil évoque souvent les Temps modernes. Sans l’humour bien sûr. Autrement dit le désespoir sans la politesse, parce qu’Entrée du personnel est un documentaire grave, et parce qu’il n’est plus temps d’être poli.

Bande annonce 1 du film « Entrée du personnel » Manuela Frésil –

documentaire de MANUELA FRÉSIL
59 minutes.

 

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